Comment renier sa foi en une émission télé ?

cours accéléré avec l’exorciste officiel du diocèse de Paris

le père Maurice Bellot

 

 

Ce coup de gueule est basé sur :

L'exorcisme : l'effrayante vérité

Emission diffusée sur KTO le 9 décembre 2005

Voir son enregistrement ici :  http://kto.tv/video_data.php3?numero=1127

 

Invités :

 

Fabienne Amyot - Auteur de Sauvée de l'enfer par l'exorcisme

Père Maurice Bellot - Exorciste de Paris - Directeur Service exorcisme de l'Ile-de-France

Bertillie Walkener - Service Cinéma du diocèse de Paris

 

 

Avec un tel titre, je m’attendais à être plongé en pleine théologie, et de plus, voir et entendre l’exorciste en chef du diocèse de Paris s’annonçait alléchant. Mais j’ai été tellement choqué par ce que j’ai pu voir et entendre que j’ai retranscrit et commenté les passages les plus « hallucinants ». Les commentaires en italiques m’appartiennent.

 

 

L’émission commence par la présentation succincte des invités, puis suit un reportage qui doit servir de base à la discussion.

 

Reportage :

 

Eglise de Saint-Cloud, père Ivan Ebram : « J’ai vu une fois quelqu’un pris de tremblements terribles, avec des émissions de salive, des contorsions, …, devant moi ! Et là seule chose à faire c’est, c’est, c’est… d’attendre ! »

 

(L’émission démarre très fort, d’emblée le ton est donné : ce ministre du Christ, ce responsable du salut de l’âme de ses paroissiens, ce berger appelé à nourrir et à défendre les brebis du Christ, déclare  sans aucun remord que sa tactique de défense en cas d’attaque de la bergerie, se résume à… « il est urgent de ne rien faire ! »)

 

 

Le curé de Saint-Cloud continue : « Et puis petit à petit de les orienter vers des gens qui peuvent les aider ! Jusques et y compris, vers l’exorciste ! La première chose que nous faisons, c’est d’écouter ! En fonction de notre écoute, nous essayons autant qu’il est possible d’orienter quelqu’un vers un médecin, vers un psychiatre, vers un psychologue ou tout simplement vers des écoutants spécialisés. »

 

(Ici, on voit que sa tactique se double d’une parade extraordinaire : il fait passer la patate chaude à quelqu’un d’autre, un « écoutant spécialisé », bref il avoue déjà que sa foi n’est d’aucun secours contre le Malin, c’est aux spécialistes de la « psyché » de s’en occuper. Mais attendez un peu, « psyché », est-ce que cela ne veut pas dire « âme » en grec ? Or le prêtre ne doit-il pas s’occuper du salut de l’âme ? Il n’est pas censé être par hasard un spécialiste de l’âme ? Le mystère s’épaissit.)

 

(…)

 

Le journaliste, (voix off) : « L’un de ses patients (de Bernard Auriol, ancien moine devenu psy) est atteint de névrose narcissique, il a un délire de possession, et a l’impression qu’un insigne satanique s’est incrusté sur son front. Il a souhaité être exorcisé, mais les prêtres qui l’ont reçu ont estimé que le cas de cette personne nécessitait surtout l’intervention de neuroleptiques. »

 

(Conclusion implacable du journaliste s’exprimant en voix-off sur « un cas », - et  on doit comprendre que c’est une règle générale ! –  les neuroleptiques sont meilleurs que les exorcismes. C’est déjà le résumé de toute la thèse développée par l’émission. Mais alors, ils servent à quoi, les prêtres ? Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises !)

 

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Mgr. Philippe Guenelay, évêque de Langres, membre de la Commission Episcopale de la Liturgie et des Sacrements, chargée d’accompagner les exorcistes catholiques de France : « Il est évident que quand on a affaire à une maladie mentale, c’est le psychiatre qui doit faire son travail pour guérir la personne. Mais quelques fois nous nous trouvons en face de personnes où le psychologique est très mêlé au spirituel ! »

 

(Aha, le mystère commence à s’éclaircir : il existe quelque chose qui s’appelle « le spirituel » qui est quelque part en dehors du « psychologique ». Les prêtres sont des spécialistes du « spirituel », pas du « psychologique », autant pour moi. Et, malheur !, parfois le psychologique se mêle au spirituel, à moins que ce ne soit l’inverse ! Tragédie !, la division des tâches n’est pas respectée par les personnes souffrantes ! On devrait leur dire que lorsqu’elles ont mal à la « psyché » elles doivent voir un psy, et que ce n’est qu’en cas de douleurs au « spirituel » qu’elles peuvent déranger les bons prêtres. Ça doit être ça le but de l’émission : apprendre aux gens à discerner entre leurs problèmes psychologiques et leurs problèmes spirituels. Et surtout, surtout, leur faire comprendre qu’ils ne doivent pas les mélanger, ça met la pagaille entre les prêtres et les médecins.)

 

Mgr. Guenelay : « Ce sont des gens, comment dit-on, disloqués de l’intérieur, qui sont plutôt déstructurés dans leurs points de repère, puis je dirais dans l’équilibre de leur personnalité, et donc le travail de l’exorciste c’est d’aider la personne à se reconstituer en ayant confiance en elle, c'est-à-dire en assumant effectivement ce qu’elle a pu la troubler puis en l’aidant à trouver une liberté intérieure. »

 

(Je mets sur pause l’enregistrement de l’émission et j’essaie de comprendre. Il faut que les personnes souffrantes « se reconstituent en assument effectivement » leur souffrance ! Qu’est-ce qu’il présuppose par là, monseigneur l’évêque ? Que l’on est déstructuré parce que l’on n’assume pas sa souffrance. Mais, une minute, être déstructuré, cela veut dire souffrir, non ? Donc, si je comprends bien, Monseigneur l’évêque dit que l’on souffre parce que l’on n’assume pas sa souffrance. Si l’on assumait sa souffrance, on ne serait plus déstructuré, donc on ne souffrirait plus. Intéressant, non ? Je n’y avais jamais pensé. Je vais essayer tout de suite cette recette du bonheur. Je me suis coupé le doigt ce matin, et ça me fait très mal pour taper ce texte à l’ordinateur, peut-être que si j’assume, ça va passer. Comment fait-on pour assumer ? On prend la responsabilité de la chose en question. Bon, ok, je vais essayer, je vais me dire que c’est moi qui me suis coupé ce matin, et que ce n’était pas la faute à ce maudit couteau qui traînait en embuscade sous l’éponge à vaisselle. Je vais voir si la douleur passe. Je crie à mon doigt coupé : « j’assume, c’est moi qui t’ai coupé, t’es content ? Allez maintenant, arrête de me faire mal, je t’ai dit que j’assume ! » Il ne veut pas. J’ai beau insister, il ne veut pas, il ne veut pas ! Mais attendez, je me trompe, je suis bête, ça ne doit marcher qu’avec le « psychologique », pas avec le physique ! Essayons voir avec une douleur psychique. J’ai dû quitter mon pays natal très jeune, ça c’est un bon traumatisme, non ? Il doit être parfait pour l’expérience, qu’en dites-vous ? Allez, je me lance : j’assume, c’est ma responsabilité si j’ai quitté mon pays, c’est moi qui me suis fait mal en émigrant, il faut que je me le répète pendant un bon moment : dis-toi que c’est ta faute ! C’est toi qui t’es fait du mal ! C’est toi qui t’es fait souffrir psychologiquement ! J’attends la délivrance, la « liberté intérieure », comme dit le saint esprit de sa seigneurie le délivreur de souffrance. J’attends toujours. Ça n’a pas l’air de marcher. C’est peut-être que je n’ai pas suffisamment la foi dans ma propre responsabilité. Je n’arrive pas à assumer « effectivement ». Si je le croyais vraiment, j’en guérirais. Mince, je n’arrive pas à me responsabiliser suffisamment ! Ça doit être ça l’explication, le bon prêtre ne peut avoir tort, c’est lui qui l’a dit. Ou alors, c’est parce que ça ne marche pas non plus avec le « psychologique », ça ne marche qu’avec le « spirituel »… Mince, je ne me trouve pas de douleurs « spirituelles », je dois manquer cruellement d’ouverture envers le religieux, le mystique, le mystère, l’au-delà éthéré et sublime, ineffable, indicible…Ça reste mystérieux, quand même, ce fait d’assumer. Et ses effets sur la douleur aussi. Car pourquoi devrais-je me dire que c’est moi qui me suis fait du mal pour guérir de ce mal ? Pourquoi le fait de se dire coupable pourrait enlever une souffrance ? Et puis, ce n’est pas juste ! Ce n’est pas moi qui me suis fait du mal ! Je m’aime, et je ne veux pas souffrir ! Mais ça doit être un mystère, et les prêtres en sont spécialistes, non ? Ça doit être un effet magique de l’exorcisme. Il doit m’aider à me culpabiliser effectivement de ma souffrance, pour que je l’assume efficacement, et qu’ainsi je ne souffre plus. Ça doit être ça l’aide à la liberté intérieure, là je comprends ! Et maintenant que j’y pense, c’est moi-même qui ai inventé mes souffrances car je me sentais seul, mais ne vous inquiétez pas, à présent J’ASSUME ! … Mais mince, il y un autre problème. Le bon évêque dit qu’assumer effectivement ma souffrance, c’est avoir confiance en moi-même. Là, je n’y arrive pas. Parce que, d’accord, j’assume, je prends sur moi tout ce qui m’arrive, même si je ne l’ai pas souhaité, mais alors, ça veut dire que je me fais du mal … malgré moi ! Et alors, comment puis-je me faire confiance ? Vous feriez confiance, vous, à quelqu’un qui vous fait du mal malgré lui ?)

 

 

Voix off : Sagesse, prudence et discernement, des qualités essentielles pour ce ministère ! (On le voit, il est très sage de ne pas rejeter la faute de sa souffrance sur quelqu’un d’autre, il faut assumer pour se structurer avec prudence, et discerner quand on le fait effectivement et quand on ne le fait pas.)

 

L’évêque : « Les rencontres avec les personnes qui viennent nous voir ne se terminent pas obligatoirement par le Grand Exorcisme, parce que l’on peut apprécier qu’elle n’en a pas besoin, et que la personne n’est pas possédée. » (La possession, qu’est-ce donc que cela, finalement ? C’est un mystère, encore un, un vrai, puisque finalement, je ne souffre que parce que je n’assume pas ma souffrance ! Et si je me dis possédé, c’est que je ne veux pas « assumer » pour mieux guérir, pire, je saborde ma propre santé en demandant un exorcisme !)

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Voix off : « Célébration liturgique, le Grand Exorcisme s’effectue rarement, il est impressionnant, et les films d’épouvante s’en inspirent souvent. Le nouveau Rituel l’a simplifié, les prières d’injures aux démons ont disparu… » (Par là, le journaliste suggère sans le dire, que notre idée de l’exorcisme est fausse, qu’il n’y a plus de Grand Exorcisme, que nous sommes de venus plus polis, mieux élevés, on ne s’insulte plus entre personnes spirituelles… Etrange expression, « prières d’injures », vous ne trouvez pas ?)

 

L’évêque (avec un sourire déplacé) « L’impératif adressé au diable est quelque chose de rare. On s’adresse d’abord à Dieu, et pourquoi ? Parce que le diable n’est qu’une créature, et comme je le dis souvent, il a la place que l’on veut bien lui donner. Or pour le chrétien, celui qui est le plus fort, qui est victorieux du mal et du péché, c’est le Christ, qui par sa mort et sa résurrection est vainqueur, de la mort et de toutes les forces du mal »

 

(Ok, j’ai saisi l’idée : le diable a la place que l’on veut lui donner. C’est encore moi le coupable : si je souffre, c’est que je donne trop de place à la souffrance. Je pourrais lui en donner moins, mais non, je suis énervant et j’embête ces bons prêtres, je lui donne trop de place, puis je viens me plaindre de ma propre malice. Que je suis diabolique ! Ensuite, pourquoi tant de façons pour malmener le diable ? Si l’on veut le faire déguerpir, il semblerait plus logique de le lui dire directement, justement parce qu’il est une créature, au lieu de faire le détour par le Créateur. Quand on veut qu’un chien galeux dégage, doit-on invoquer Dieu plutôt que de menacer cette créature directement ?)

 

Evêque : « A côté des misères sociales, économiques que connaissent nos sociétés, il existe aussi des misères spirituelles. Et l’Eglise a cette ressource qui est d’aider les personnes qui sont atteintes d’une déréliction, par une déstructuration, par la perte de points de repère moraux, d’offrir un accompagnement, d’offrit un temps de réflexion, un temps de discernement, et un temps de prière, qui aide les personnes à se mettre débout.  » (Je ne vois pas trop en quoi consistent les richesses que l’Eglise m’offre là : du temps de réflexion, du temps de discernement, du temps de prière, j’en ai à profusion… Ça sonne très poétique, mais c’est du vent. La vie m’offre du temps tout le temps, sans besoin de l’Eglise. Mais si elle insiste sur ce temps, c’est que sa seigneurie doit croire qu’avec le temps, tout s’améliore, les douleurs s’estompent sans rien faire de particulier. Malheureusement, cela ne trahit qu’une « grande misère spirituelle » de l’Eglise, comme il le dit justement avec beaucoup de discernement. Le temps ne fait rien à l’affaire…)

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Voix-off : En grande souffrance, certains pensent que l’exorcisme est la solution à leurs problèmes, ils veulent un soulagement rapide. Les cas réels de possession sont en fait très rares, mais l’accompagnement joue un rôle majeur : à travers l’exorcisme, le prêtre aide les gens à prendre en main leur vie et construire leur liberté.

 

(C’est la conclusion de l’admirable reportage sur lequel se base l’admirable discussion qui va suivre. Il est suggéré d’emblée que de toute façon ça n’existe pas : « c’est très rare ». Puis on rappelle l’essentiel, on rajoute une couche de responsabilisation : il faut assumer sa souffrance, c’est mal de vouloir un soulagement rapide ! Les prêtres ne sont pas là pour ça, voyons ! Soulager les souffrances, et en plus rapidement, quelle idée saugrenue ! Il faut « prendre en main sa vie et construire sa liberté ! » Quelqu’un a le kit ? On aura remarqué que pour finir le mot exorcisme ne veut plus rien dire, ou alors il est réduit à être un synonyme d’ « accompagnement » ! On peut le remplacer par n’importe quoi : à travers l’écoute, le prêtre aide les gens à prendre en main leur vie et construire leur liberté ; à travers l’organisation d’un match de foot, le prêtre aide les gens à prendre en main leur vie et construire leur liberté ; à travers la mise en place d’ateliers de cuisine, le prêtre aide les gens à prendre en main leur vie et construire leur liberté…)

 

Après le reportage, le « débat » commence. Ce ne sera globalement qu’un long monologue du « père » Bellot, l’exorciste en chef du diocèse de Paris, dont les facéties recevront l’accueil béat de Bertillie Walkener, responsable du Service Cinéma du diocèse de Paris, donc travaillant dans la même boîte. Elle était là pour parler contre le film L’exorcisme d’Emilie Rose. Fabienne Amyot, qui témoignera de son recours à l’exorcisme, n’intéressera le néo-prêtre que dans la mesure où ce qu’elle avait vécu pouvait corroborer ses vues. Mais cela s’avérera impossible.

 

Le journaliste demande au père Bellot de rebondir sur le reportage, et compléter si besoin est, les informations sur les symptômes de la possession.

 

Bellot : « Quelqu’un qui est habité par la haine, alors là, il relève des forces du mal ! Il n’y a pas que la haine des choses religieuses, il faut élargir au sentiment de haine, qui est le contraire de l’amour. » (Il faut s’habituer au style Bellot : il va, à plusieurs reprises, faire des raisonnements indignes même des cours de philosophie de Terminale. Mais précisons : la haine tout court n’est jamais à bannir pour le chrétien. C’est la haine pour les hommes et pour Dieu qu’il faut bannir. La haine du diable, du mal, du péché, est au contraire une haine à développer, tout en étant réellement miséricordieux avec les hommes qui chutent. Quand le Christ prêche l’amour, il s’agit de l’amour pour tous les hommes, et non pas pour toutes les créatures de Dieu ! Le diable et ses cohortes en sont exclus, ils s’en sont exclus !)

 

Bellot précise encore un détail : « Il y un préalable à l’exorcisme: la renonciation à Satan, une renonciation aux forces du mal, c’est-à-dire une renonciation aux mauvaises idées que j’ai moi sur la question. »

(Rebelote, on en revient à la méthode Coué, renoncer au mal, c’est renoncer à mes mauvaises idées sur le mal ! Et c’est encore de ma faute si je me suis fait ces idées ! Le mal est une mauvaise idée du mal ! On peut en déduire qu’adhérer au bien, c’est se faire une bonne idée du bien ! Mais alors, la pratique de la charité réelle ? « C’est pas bien grave, tant que j’ai une bonne idée du bien ! » pourrait bêler le père Bellot.)

 

Précision de l’expert : « C'est-à-dire que quelqu’un qui croit plus à la magie, à la sorcellerie, à l’envoûtement, qui croit plus fort à la parole de sa voyante qu’à la parole du Christ qui va lui être rétablie, c’est pas la peine d’aller lui faire une prière de libération, parce que lui croit  que la parole de sa voyante est plus forte que la Sienne. Alors qu’il reste sur sa croyance ! »

(Il nous livre tellement d’informations là, qu’il faut prendre le temps pour tout bien comprendre. Tout d’abord, il nous signifie que lui, prêtre exorciste, ne croit pas « à la magie, à la sorcellerie, à l’envoûtement ». Croire à cela, c’est avoir de « mauvaises idées sur la question ». C’est déjà en complète contradiction avec la Bible, et avec ce que fait et dit le Christ. Cela pourrait suffire pour ne plus écouter ce clown, et pour le dénoncer comme un usurpateur de sa fonction sacerdotale. Mais allons plus loin, et exposons toute son hérésie et toutes ses contradictions, pour l’édification de ceux qui aiment véritablement le Christ. Il dit que quelqu’un « qui croit plus à la parole de sa voyante qu’à celle du Christ » ne doit pas recevoir de prière chrétienne de libération ! « C’est pas la peine ! » Tout d’abord, si quelqu’un vient le voir pour un exorcisme, cela signifie de fait qu’il croit au pouvoir du Christ, dont « Bêlot » est censé détenir le mandat, non ? Même si cette personne a des opinions et des croyances multiples, elle a fait la démarche de l’appeler à l’aide, c’est qu’elle y croit, non ? Et si c’est pour être débarrassé d’une voyante par exemple, elle doit bien considérer que le Christ est plus fort que celle-ci ? Le raisonnement de Bêlot est faux, mais sa conclusion est terrifiante : « Alors qu’il reste sur sa croyance ! » C’est du mépris affiché pour tous ceux qui doutent et qui souffrent, et qui ne savent plus à quel saint se vouer à cause de Bêlots comme lui ! Et puis, il était censé aider ces personnes à changer d’idées, non ? Même si l’on adhère à son traitement par la méthode Coué, il devait accompagner et aider les personnes qui ont « de mauvaises idées » ! Le Christ nous demande d’aimer nos ennemis, de les bénir et même de prier pour eux, mais Bêlot ne veut même pas prier pour quelqu’un qui le lui demande ! Et alors, comment la parole du Christ « va lui être rétablie », si lui, le prêtre, le pasteur des âmes, ne fait rien ?)

 

Suite des précisions bêlantes : « C’est-à-dire qu’il est obligé de se convertir, de changer sa vision de la foi, de changer de croyance. C'est-à-dire c’est une bifurcation, une conversion. Le rituel de l’exorcisme est un décalque de la Vigile Pascale : (…) c’est la libération d’un esclavage, quelqu’il soit, social, individuel, une blessure d’enfance, toutes ces chose là y passent : il faut vouloir s’en libérer et surtout ne pas rester accroché au passé. Comme dit Jésus Christ : « une fois que tu as mis la main à la charrue tu ne regardes plus en arrière. »

(Là encore, on réaffirme la même chose : le « patient doit faire tout le travail ». Si c’est la libération d’un esclavage, il n’est pas censé être le libérateur ? Mais non, il remet une couche de culpabilisation : « il ne faut pas rester accroché au passé ». Il lit plus Biba que la Bible, le bêlot ! Mais avec sa citation de Jésus-Christ on décolle vertigineusement dans l’absurde : je mets au défi tous les bêlots de la terre de me monter où Jésus-Christ a dit ce proverbe admirable. C’est peut-être la variante bêlante de « laissez les morts enterrer les morts », mais le sens n’est pas le même : Jésus aide véritablement ceux qui le suivent, et ne leur dit pas simplement de ne plus s’accrocher au passé : il leur donne aussi un présent et un avenir !)

 

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Fabienne Amyot raconte un fait qui s’est produit la veille de l’émission : une femme a fait une crise de « possession » dans l’église où elle suivait la messe de l’Immaculée Conception.

 

Journaliste au père Bellot : J’imagine que vous avez envie de réagir, non ?

 

Bêlot : Non !

 

Le journaliste (très surpris) : Non ?

 

Bêlot : « Quelqu’un qui fait une crise dans une église, pour moi c’est un classique, ça arrive assez souvent. (en s’adressant à Fabienne Amyot) Si c’est la première fois que tu le vois, tant mieux. Quand on est dans un rituel très marqué, très catho, cela peut déclencher chez certaines personnes ce genre de transe, et de crise, que l’on impute à Satan ou autre chose, peu importe, dans ces manifestations physiques, il y a plein de discussions possibles, là. »

 

(Jésus en moi a bondi quand je l’ai entendu dire à cette femme, dont il sait qu’elle a traversé des épreuves et des souffrances terribles, dues à la possession : « si c’est la première fois que tu le vois, tant mieux ! » Qu’est-ce que c’est que cette phrase ? Du mépris pour la souffrance de l’autre, de l’inattention criminelle, blessante et gratuite ! Elle ne l’a pas seulement vue cette crise, elle l’a vécue ! Et il le savait ! Puis, dire, « que l’on impute à Satan ou autre chose, peu importe ! » Où est le discernement dont il se revendique ? Son boulot n’est-il pas justement de se demander si ce n’est pas Satan qui agit ? En deux phrases, il s’est révélé blessant et irresponsable.)

 

Bertilie commente le reportage inaugural : « Ce qui me frappe dans le commentaire, c’est finalement le mot « spectaculaire », à propos de l’exorcisme, qui est un mot lui-même « spectaculaire », or finalement, le rituel, si je comprends bien, est moins spectaculaire que ce que l’on veut bien croire. » (Un rituel est spectaculaire, ce n’est pas un mal d’être spectaculaire, puisqu’il s’agit d’impressionner l’esprit de quelqu’un, de l’influencer en bien.)

 

Bellot : « Pour décrire de façon intérieure ce qu’une personne est en train de souffrir ou a souffert, et, en général, c’est pas dans l’instant, c’est sur un long cheminement, déjà le mettre en mots, ce ne doit pas être si facile, j’imagine, c’est une gageure pour le monde du spectacle de le mettre en images, parce qu’ils sont obligés d’en rajouter, c’est pour ça que tous les films sur le sujet en rajoutent de tonnes. Il faut que les spectateurs sachent que le rituel de 1999 interdit que l’on filme un exorcisme. Ça multiplie l’effet de spectacle de la personne qui a tendance à en rajouter, et surtout comment peut-on mettre en images une souffrance intérieure intolérable ? Si elle est inimaginable, comment la mettre en image ? »

 

(A travers le sophisme sur le mot « inimaginable », ce que le Bêlot avoue, c’est qu’il ne peut pas, lui, imaginer la souffrance de l’autre. Il prétend qu’un film ne peut rendre la souffrance vécue par quelqu’un, parce que cette souffrance serait « inimaginable ». Mais c’est prendre une figure de style, l’hyperbole, pour une caractéristique réelle de cette souffrance. Quand on dit que la souffrance est « inimaginable », on ne veut jamais dire que l’on ne peut se l’imaginer, ou la mettre en images ! On veut juste dire que cette souffrance dépasse ce que l’on peut en montrer ! Or, un film, comme toute œuvre d’art, prétend toujours montrer un point de vue : c’est toujours une œuvre d’imagination, et qui implique notre capacité d’imagination, d’empathie, pour justement à nous faire sentir ce que vivent certaines personnes. D’ailleurs, si l’on applique scrupuleusement la conception bêlante de l’image, les icônes ne servent à rien ! Pourquoi ne pas jeter les Piéta, la souffrance de la mère du Christ est-elle imaginable ? Plus encore, si l’on applique son raisonnement aux Evangiles, comment pourrais-je en les lisant m’imaginer la souffrance du Christ, puisqu’elle est « inimaginable » ? Et alors, si elle est inimaginable, en quoi ce texte peut-il me toucher ? Qu’est-ce que ça peut me faire qu’un gars a été crucifié il y a deux mille ans ? De plus, c’est mal raconté, il y a trop de dialogues, et pas assez d’action, et ça finit mal ! Le Bêlot a beau être prêtre, mais il n’est pas chrétien. Il confirme ce que l’on pressentait dans sa manière d’agresser Fabienne Amyot. L’autre information, qui n’est pas nouvelle, qu’il ressasse encore une fois, c’est que c’est celui qui souffre qui est coupable : « il a tendance à en rajouter ». C’est donc lui qui se donne en spectacle, il n’y a pas de possession par un tiers, il veut faire son show. On se demande pourquoi, d’ailleurs ? Par malice, bien sûr !)

 

Journaliste : On ne va quand même pas gommer les problèmes de fond. Vous reconnaissez quand même que le mal, le péché existe, il peut arriver même qu’il s’empare de l’esprit de quelqu’un et qu’il le possède réellement ? Ça, l’Eglise le reconnaît ?

 

Bellot : « Non ! (Jésus a encore sursauté dans mon cœur) Si vous ouvrez le Rituel, le mot possession n’existe plus. Faudrait que l’on soit clair. Il faut savoir si l’on se réfère  comme beaucoup de prêtres encore surtout du côté des intégristes ou chez les évangéliques américains au Rituel de 1614 qui datait de l’Inquisition, ou au nouveau. Les prières sont les mêmes mais on n’insiste pas sur les mêmes choses. Ce n’est pas par hasard que le mot possession a été enlevé d’un rituel officiel venant du Vatican. Alors, il y a infestation, il y a vexation, il y a oppression, il y a obsession, qui est le mot qui revient le plus souvent. Donc au nom d’une philosophie, comment dire, facile à comprendre, personne ne peut posséder personne. Je peux posséder mon papier, je peux posséder des choses, je peux posséder un crayon, ma veste, mais dès que je te regarde je ne peux pas te posséder. Quand je suis en face de quelqu’un, on n’est plus dans… un objet par rapport à quelqu’un qui va le prendre, on est dans une relation de sujet à sujet. Alors c’est qui qui me possède ? C’est là que le discernement commence. Cet esprit qui t’embête là, il te fait quoi ? Il te dit quoi ? Comment il se manifeste ? Essaie de me le décrire pour que l’on puisse savoir qui c’est, parce que c’est jamais le même. »

 

(Là, c’est l’apothéose. Sa philosophie est certes facile à comprendre, mais elle est absolument contraire à la réalité. Sans avoir besoin de parler de démons, la manipulation mentale, l’influence mentale existe, que dis-je, la passion amoureuse existe ! A part sa fausseté évidente, cet enseignement est encore une fois contraire à celui du Christ. Il a beau émaner de Vatican II, dans la mesure où le Vatican tire son autorité du Christ, il ne peut allez contre son enseignement. Si le pape tire son autorité du fait qu’il est écrit : « Pierre, tu es pierre, et c’est sur cette pierre que je bâtirai mon église. », il ne peut gommer les autres phrases de l’Evangile. Mais le Bêlot est habile et suggère que ceux qui croient que la possession existe encore, à l’instar du Christ, sont des héritiers de l’Inquisition, puisqu’ils se réfèrent à un rituel qui date de cette époque-là. Cette mention faite comme ça, en passant, a un poids très important, le Bêlot sachant très bien que le téléspectateur fera l’association d’idées suivante : ceux qui se référent à un rituel datant de l’Inquisition, doivent avoir une même manière d’agir que les membres de l’Inquisition. Or il est notoire que l’Inquisition a brûlé beaucoup de personnes en les accusant d’être possédées. Si ces gens parlent encore de possession, c’est qu’ils doivent avoir une nostalgie des bûchers. C’est là le contenu de cette remarque apparemment anodine. Or il est important de mettre les pendules à l’heure à propos de ce sujet-là : si l’Inquisition a brûlé des personnes parce qu’elles étaient considérées comme possédées, cela prouvait que les prêtres de l’époque ne savaient plus faire d’exorcisme, même s’ils voyaient le diable partout. Le Christ n’a jamais prôné le bûcher comme méthode d’exorcisme. Il a toujours séparé l’homme, temple de Dieu, et le diable, esprit violent qui entre par effraction dans ce temple, et qu’il faut chasser. L’Eglise Catholique s’est trompée lourdement pendant tout le Moyen-Age, et même jusqu’au dix-neuvième siècle, en tuant des hommes pour chasser les démons. Mais l’erreur n’est pas que les démons n’existent pas ! L’erreur, c’est de tuer des hommes ! L’Eglise moderniste d’aujourd’hui veut ne pas être taxée d’obscurantisme moyenâgeux, mais elle se renie spirituellement. Elle est passée d’un excès à un autre : après avoir vu le diable partout, elle ne veut plus le voir nulle part !)

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Journaliste : Alors justement, est-ce que vous pouvez décrire vous-même Satan, le démon, le diable ?

 

Bellot : « Non ! Allez dans la Bible… Non. (sourire béat et complice de Bertilie) Satan porte déjà une infinité de noms. C’est un illusionniste suprême. Si vous lisez la Bible vous en avez déjà pour une douzaine. » (On l’aura compris, Bêlot est totalement incompétent, puisqu’il ne sait pas comment décrire, donc reconnaître, ce qu’il est censé « chasser ». Car certes, Satan est un illusionniste, mais on peut le reconnaître à certaines manières d’agir. « On reconnaît chaque créature homme, ange ou démon, à ce qu’elle fait » dit le Dictionnaire théologique.)

 

(…) J’ai été las de retranscrire l’émission. Je résume : le Bêlot parle de la nouvelle peur des néo-catholiques : les jeunes qui trouvent dans Satan une « Image de rébellion, d’anti-Dieu ». Dans la logique rhétorique de son discours, il laisse entendre que croire à Satan, c’est une manifestation passagère d’une sorte de crise d’adolescence, et qu’un adulte donc ne saurait la prendre au sérieux. Mais le journaliste insiste : « Quand on parle de chasser le mal, de quel mal s’agit-il ? »

 

Bellot : « Les forces du mal existent. Dans la mesure où Dieu a lancé dans la nature, dans l’univers, dans chacun de nous, il a lancé une espèce de petite bombe, là, qui peut toujours éclater, qui est la liberté. Alors à ce moment-là qu’est-ce que j’en fais ? Parce qu’il ne faut jamais oublier qu’il y a Dieu, il n’y en a qu’un, il est bon, quelque soit le nom dont on l’appelle, et après, ou en dessous, comme vous voulez, il y a des créatures. Alors dans ces créatures, il y a Saint-Michel et ses anges, il y a le diable et ses démons, puis il y a les humains et les humaines, les chrétiens et les chrétiennes. Donc il ne faut pas tout mélanger. Les gens se perdent chez nous dans la mesure où ils font un Dieu du Bien et un Dieu du mal. Alors le Dieu du Bien pour nous c’est Jésus-Christ, le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, et compagnie. Le Dieu du mal n’existe pas pour l’Eglise, c’est une hérésie, appelée le manichéisme, qui a été condamnée depuis tout temps.

(Là, il récite ce qu’il a appris en cours de théologie, mais dont l’application est absolument absente. Ils font quoi, les anges et les démons, s’ils existent ? Si ce sont des créatures, ils doivent bien passer leur temps à quelque chose, puisque être créé, c’est être dans le temps ? Ils font quoi, les démons ? Ils ne font que se rebeller, comme ça, dans l’abstrait, contre Dieu, comme des ados en manque de repères ? Ils jouent à la… belote ?)

 

Journaliste : Mais c’est lui qui est à l’origine de toutes les catastrophes naturelles ?

 

Bellot : Oui, mais celui qui est à l’origine de toutes les catastrophes, c’est quand même quelqu’un qui a été crée bon, mais qui a choisi de devenir mauvais. C’est ça la… C’est ça l’histoire de l’Eglise !

(Ça c’est une remarque extraordinaire ! Elle ne relève même pas du lapsus ! L’Eglise a été créée bonne, mais elle a choisi de devenir mauvaise ! Extraordinaire aveu !)

 

Bellot : « Je suis à peine d’accord avec Fabienne en ce sens, car le diable et ses démons sont des créatures, et nous sommes de créatures, donc pour lutter contre ce genre de choses, on est quasiment à armes égales, si je reste en liaison avec l’Esprit Saint. »

(Fabienne avait parlé de la force du démon, qu’elle avait éprouvée dans sa chair ! Et voilà que ce clown est à peine d’accord ! De plus, ce n’est encore une fois qu’une culpabilisation voilée : si l’on est terrassé par le démon, c’est parce que l’on n’est pas resté en liaison avec l’Esprit Saint ! Mais minute, c’est lui, ce clown grotesque qui devrait manifester la puissance de l’Esprit Saint et la communiquer aux autres ! C’est ça le sens de son ordination ! Puis, ce qu’il dit est faux d’un point de vue théologique. On n’est jamais à armes égales : si je reste en liaison avec l’Esprit Saint, je domine le diable, au nom du Christ, et sinon, le diable est beaucoup plus fort que l’homme, puisqu’il était quand même le premier des anges dans la hiérarchie céleste, il ne faut pas l’oublier !)

 

« Ou pour simplifier, parce que je ne connais pas la mentalité de vos téléspectateurs particulièrement, (Mince, il est embarrassé, il ne sait pas quelle est sa cible commerciale !), il y a des esprit bons, que dans notre religion on appelle plutôt des anges, il y a des esprits mauvais que l’on appelle des démons, mais il y a un patron, qui est l’Esprit Saint, qui est l’esprit créateur. Dans la mesure où moi je reste en liaison avec cet esprit créateur, je ne crains rien. Alors souvent quand les gens viennent nous voir, c’est parce qu’il y a quelque chose là, qui a été coupé, qui a été délié dans cette relation à moi, aux autres, et au Dieu créateur. Donc il faut rétablir ce lien. Et l’exorcisme, c’est ça. Exorciser, c’est exactement : discerner, première étape très importante, pour délier, enlever, couper des liens, et relier, parce que la personne une fois que vous lui avez fait une prière si vous la laissez partir seule ….euh, il faut qu’elle rentre dans un circuit nouveau, de prières, de relations avec les autres, et avec elle-même souvent.

(Mais ils la laissent partir toute seule ! Puis il ne délie, ni ne lie lui-même personne, puisque c’est à la personne de le faire ! Bref, même selon sa définition de l’exorcisme, il ne fait rien !)

 

Journaliste : Mais que dites-vous aux gens qui disent que le diable est celui qui se jette en travers des desseins de Dieu et de son œuvre de Salut accomplie par le Christ ?

 

Bellot : Ça c’est vrai. C’est dans les Evangiles en toutes lettres. C’est en ce sens là que je suis tenté. (Il y a de l’aveu inconscient dans sa remarque : il est tenté dans le sens où il veut se mettre en travers des desseins de Dieu et de son œuvre de Salut accomplie par le Christ !) C’est pour ça que Jésus Christ a traité son grand copain saint Pierre lui-même, en personne, de Satan, au moment précisément où saint Pierre se mettait en travers de son dessein, quand il lui disait « je vais monter à Jérusalem, je vais être obligé de souffrir », et puis il lui dit « eh, passe derrière Satan, là, parce que là, ce n’est pas ça que Dieu veut de moi. » (Il fait vraiment des efforts pour se montrer « cool », ce Bêlot ! Saint Pierre, le grand copain de Jésus. Ce n’aurait pas été déplacé, si cette familiarité venait alléger un discours plus sérieux, mais comme le Bêlot n’est jamais sérieux, comme il rit toujours un peu dans sa barbe et sourit à tort et à travers de ses propres remarques, c’est juste offensant. De plus, il ne raconte pas l’épisode évangélique fidèlement. Il manque les propos sataniques de saint Pierre, à savoir qu’il dit à Jésus de ne pas aller à Jérusalem, et que c’est cela qui déclenche la colère de Jésus.)

 

Journaliste : Donc Satan et les autres démons ont été crées effectivement par un Dieu bon, naturellement bon, au début mais c’est eux qui finalement l’ont rendu mauvais ? (SIC !)

 

Bellot : « Comme nous ! Nous avons une liberté, qui fait que je... je peux passer ma vie à créer du Bien ou je peux faire du mal. Ça existe les gens qui font du mal, ça existe les gens qui veulent faire du mal. »

(Je n’invente rien, c’était la question du journaliste, et le Bêlot n’a rien remarqué. Voilà un lapsus admirable : Satan et les autres démons ont été créés par un Dieu bon, et ensuite ces créatures ont rendu mauvais ce Dieu initialement bon !)

 

Bellot : « Il y a des maléfiques ! Alors, c’est là que l’on n’est pas toujours d’accord, et dans la théologie, et entre les pratiquants exorcistes. Est-ce que ce mal vient de quelqu’un d’autre qui s’appelle Satan, ou est-ce que j’en ai une partie ? Beaucoup de gens qui viennent chez l’exorciste voudraient être dans la lumière à cent pour cent. C’est impossible, Dieu ne nous a pas crées comme ça.»

(Alors là, le Bêlot ment tout simplement. Dans la théologie, les choses sont parfaitement claires : le Mal vient de Satan, c’est le serpent qui cause la chute de l’Homme. L’homme y a sa part de responsabilité, parce qu’il a désobéi à Dieu et a suivi Satan, mais le premier coupable, c’est le serpent, celui par lequel la chute est arrivée. L’homme est naturellement bon, sans aucune part de ténèbres, c’est ainsi justement que Dieu nous a créés, tout comme le diable lui-même d’ailleurs ! Et le diable veut corrompre la création de Dieu après s’être corrompu lui-même. C’est atroce comment ce prêtre déforme la parole du Christ : il a rappelé que le diable été créé naturellement bon, mais il dit explicitement le contraire de l’homme ! En conclusion, si l’on en croyait cet « exorciste », Satan serait doué d’une meilleure nature initiale que l’homme. Or le comble, c’est que ça, c’est exactement l’opinion de Satan, et le motif de sa révolte contre Dieu ! Selon la Tradition, le diable a refusé de se prosterner devant l’homme quand Dieu a présenté à tous ses anges sa dernière créature, l’homme. Satan, le premier ange, a considéré comme offensant que lui, esprit de lumière, se prosterne devant un être fait d’argile. Et c’est pourquoi il a déclaré la guerre à Dieu, et s’acharne depuis à essayer de Lui prouver que l’homme n’est pas digne de Son amour. Or c’est de cet amour qu’a témoigné Dieu à travers le Christ.)

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Bellot : « Donc disons, j’ai une part de lumière, qui, si je suis chrétien, doit être dominante, et une part de ténèbres. Donc dans la mesure où moi j’arrive à augmenter, à apprivoiser, à faire grossir cette part de lumière qui est en moi, la part de ténèbres inévitablement diminue. »

(Re-belote, après avoir encore une fois accusé ceux qui viennent faire appel à lui de demander des choses impossibles, le Bêlot se montre finalement très conséquent dans son hérésie, et nie le dogme fondamental du christianisme : l’incarnation ! Etre sur terre dans la lumière à cent pour cent, quelle idée ! Donc même le Christ, à partir du moment où il est incarné, il est déjà mort, puisqu’il est à cent pour cent dans la lumière. Ou bien, il n’est pas à cent pour cent dans la lumière, et donc il n’est pas le Christ, puisqu’il a une part de ténèbres (allez, on lui fait un prix, pour lui c’est juste un pour cent !). Ou alors il n’est pas tout à fait incarné… Mais même, ces gens qui souffrent ne veulent pas être à « cent pour cent dans la lumière », ils viennent chercher juste un peu de lumière !)

 

Journaliste : C’est des vases communicants…

 

Bellot : « Plus que ça, si je suis à quatre-vingt vingt, comme on dit dans les milieux économiques, les lois de Pareto… Si je suis à quatre-vingt pourcent lumière, vingt pour cent ténèbres, je suis un homme heureux. Mais celui qu rêve d’être cent pour cent lumière, eh bien, sur la terre, ce n’est pas possible, dans ce cas-là il est déjà mort. Ou cent pour cent ténèbres aussi. »

 

(Précision pour la loi de Pareto : « 20 % des clients rapportent 80 % du chiffre d'affaires » Si l'on en croit le bon marquis de Pareto, les services commerciaux devraient s'occuper exclusivement des 20 % de clients qui rapportent les quatre cinquièmes de son chiffre d'affaires à l'entreprise. L'ennui, c'est que par ailleurs, et toujours selon le bon marquis, 20 % des clients sont à l'origine de 80 % des réclamations, coups de fil, plaintes et ennuis en tout genre. S'il s'agissait des mêmes, tout irait pour le mieux. Mais ce n'est évidemment pas le cas. La vie est mal faite. » (http://www.lentreprise.com/article/3.3080.1.373.html) Je comprends le parallèle : vingt pour cent de clients de l’Eglise Catholique rapportent les quatre-vingt pour cent de ses revenus. L’ennui c’est que par ailleurs vingt pour cent des clients sont aussi à l’origine de quatre-vingt pour cent des « réclamations, coups de fil, plaintes et ennuis en tout genre ». Le service d’exorcistat est devenu le Service Après Vente de l’Eglise. Le père Bêlot a la tâche ingrate de se débarrasser des fâcheux qui en plus de faire perdre le temps à ces spécialistes du spirituel, ne rapportent pas beaucoup à l’Eglise. Voilà pourquoi il peut se moquer aussi éperdument de leurs souffrances. La vie est bien faite !)

 

Journaliste : Donc face au mal, face à ces vingt pour cent, que faut-il faire ? Il faut pardonner, il faut prier, il faut muter, il faut donner un sens à sa vie ?

 

Bellot : « Ça dépend avec qui on a affaire. Là, vous me parlez comme si j’avais affaire qu’à des gens chrétiens, mais malheureusement pour moi, pour nous, pour tous ceux qui consultent un exorciste à cause du mot connoté païen… Il y a des gens là qui viennent nous consulter qui ne sont pas de chez nous, il y a des gens qui sont musulmans, il y a des gens qui sont d’autres religions, il y a des athées, alors qu’ils viennent voir un prêtre exorciste parce que le mot exorciste laisse entendre « magie », « il va se passer quelque chose » .. J’arrive je suis malade, je suis possédé par mon oncle, ma grand-mère, un sorcier, …ils ont une vraie souffrance, une vraie histoire, ils ne font pas de cinéma, et ils pensent qu’après une prière dans les cinq minutes. Je suis face de gens je leur dis « raconte-moi ce qui t’es arrivé ». « Mais je ne suis pas venu là pour ça, moi, je suis venu pour avoir une prière et après je m’en vais » Ça ne peut pas fonctionner comme ça, le discernement est très long. Je n’ai pas lu le bouquin (de Fabienne Amyot), mais j’imagine qu’il y a tout un cheminement pour arriver à un état de libération. Moi, je suis comme tous les prêtres, au moment où un exorcisme que j’ai pu faire marche, ça veut dire qu’avant il y a eu tout un cheminement (un rire réprimé) fait par d’autres prêtres ou par d’autres accompagnateurs spirituels ou par d’autres gens, c’est-à-dire que la personne arrive à un moment de carrefour là, où il y a nécessité ou pas de faire un rituel. Et puis d’autres qui sont venus chez nous et qui n’ont rien trouvé parce qu’ils ne sont pas mûrs pour ce moment là, et qui le trouvent après, parce que le cheminement appartient à Dieu, là, la libération aussi, nous on fait ce que l’on peut pour demander cette libération, mais après le maître, ça reste quand même le Créateur. »

(Bon, on l’aura compris, il ne sait pas faire grand-chose. Mais il persévère et il en arrive même à offenser les autres exorcistes : depuis quand l’exorcisme est-il « connoté païen » ? C’est à rebours de toute l’histoire du christianisme, car c’est justement la capacité d’exorciser qui est un des signes que l’on est véritablement chrétien : « Voici les miracles qui accompagneront CEUX QUI AURONT CRU : PAR MON NOM, ILS CHASSERONT LES DÉMONS ». (Marc 16.17) Qu’il trouve aberrant que d’autres personnes que les chrétiens viennent lui demander de l’aide, c’est finalement logique, puisqu’il assure le Service Après Vente de l’Eglise Catholique, c’est donc uniquement de ses clients qu’il entend s’occuper. Pour preuve qu’il ne s’occupe pas de soigner quiconque de toute façon, c’est qu’il dit « j’imagine qu’il y a tout un cheminement pour arriver à un état de libération ». Attends, tu es exorciste depuis dix ans et tu imagines qu’il y a tout un cheminement ? C’est que tu n’en sais en fait rien, si tu t’imagines !! Preuve supplémentaire de son incompétence, il ne sait pas évaluer le résultat de ses actes. Preuve encore du renversement des pratiques : il fait le rituel après le cheminement, or le rituel devrait être une action efficace pour le rétablissement de la parole du Christ. Pourquoi faire un rituel, si le chemin de conversion est déjà parcouru ? Et comble de l’impudence, il se rabat sur Dieu pour justifier son incompétence : « certains sont venus chez nous et n’ont rien trouvé parce qu’ils ne sont pas mûrs pour ce moment là, parce que le cheminement appartient à Dieu ». Bref, pour lutter contre le Mal, la nouvelle doctrine de l’Eglise est : aide-toi et Dieu t’aidera ! Le prêtre est inutile. Mais alors, à quoi sert donc l’Eglise ? A quoi servent-ils encore ? Ne devait-ils exercer le pouvoir spirituel de Dieu sur terre ?)

Journaliste : Vous accueillez, vous beaucoup de monde …

 

Bellot : « Parce que le service a été regroupé pour les huit diocèses d’Ile de France, dont je suis moi responsable. (…) Quelqu’un qui vient chez nous ne rencontre pas le prêtre tout de suite justement pour décaler cette demande par rapport à un rituel magique etc. Après, il est écouté, on sait à qui on a à faire, on lui demande au téléphone, « qu’est-ce qui vous arrive ? » on essaie d’être les plus accueillants possibles. Dans un deuxième temps, un autre rendez-vous avec quelqu’un spécialisé dans cette écoute spirituelle, qui regarde cette souffrance, (à l’intention de Fabienne Amyot, qui avait comparé le besoin de voir un exorciste au besoin de voir le dentiste quand on a une rage de dents :) Mais nous on n’est pas dans l’urgence, on n’est chez le dentiste avec une rage de dents. Dans les choses de Dieu il n’y a pas d’urgence ! Les urgences c’est pour l’hôpital ! (Paf, dans les dents à Fabienne !) Et après on va voir le prêtre qui peut aussi lui dire, on va attendre un peu, là. Il faut savoir que le rituel est très prudent là, « si le prêtre n’est pas sûr », c’est écrit dans le rituel, «  la certitude morale qu’il est en présence de Satan en personne, il ne doit pas pratiquer » C’est toujours dit « il peut », c’est jamais dit « il doit ». Comment dire, le monde exorciste, … je parle de ceux qui sont devenus officiellement, parce qu’alors là, il y a pléthore de gens qui font n’importe quoi, y compris des escrocs qui pour quatre cents euros multiplié par neuf fois, c’est-à-dire une neuvaine, gagnent un fric fou dans des adresses de Paris que je ne vous donnerai pas évidemment, qui ne sont pas de l’Eglise catholique, qui sont des petites églises parallèles, la vieille église, les gallicans, ça pillule (SIC !) »

(Allez, re-belote, on accuse encore une fois ceux qui souffrent d’être trop pressés de ne plus souffrir ! Est-ce que c’est ainsi que Jésus a agi quand les malades sollicitaient son aide ? Ne se déplaçait-il pas sur le champ pour soulager ceux qui le lui demandaient ? Il était urgent de consoler les malheureux, jadis comme aujourd’hui. Mais voilà que le Bêlot ne s’arrête pas là, et jette le discrédit sur tous les exorcistes non officiels, c’est-à-dire qui ne lui ressemblent pas, en les accusant en bloc de charlatanisme ! Mais pour tous les Bêlots de l’univers, Jésus a déjà prononcé une malédiction : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux; vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous n'y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. » Matthieu, 23.13)

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Journaliste : Il faut peut-être que dans ce cheminement consulter un médecin, pour avoir un avis médical sur la question, non ?

 

Bellot : « Si l’on a un doute sur la maladie, et s’il nous semble que le tourment de la personne est d’ordre psychologique, dans ce cas là on se fait aider, nous, ou on dit à la personne d’aller voir qu’est-ce qu’elle a... Parce que le rituel prévoit aussi que l’exorciste ne confonde jamais – les mots sont très doux -  une présence diabolique avec une maladie psychologique. Alors le prêtre n’est pas un psychiatre ou habilité à l’être, donc s’il a besoin de cet éclairage pour savoir, il consulte quelqu’un, la loi étant que s’il y a un trouble psychologique, on ne fait pas d’exorcisme sur quelqu’un qui est troublé. La consultation chez un psychiatre, c’est écrit en toute lettre dans le rituel, alors c’est pour ça que les intégristes et un certain nombre de prêtres refusent ce rituel de Vatican II, parce que celui de 1614 ne fait pas allusion à ça, puisqu’il n’y avait pas de psychiatres, Freud n’était pas encore passé par là. Et il n’y avait pas de télévision. Alors ceux qui veulent échapper à ces deux contraintes du rituel actuel, eh bien, ils reviennent dans le vieux. Comme ça là, je fais ce que je veux, je peux me faire filmer, et puis la psychiatrie…hein. »

(Ok, d’accord, je comprends maintenant, la revoici la distinction entre le spirituel et le psychologique ! Et je comprends aussi dans quel sens il faut que le possédé se convertisse, quelles idées sur le mal il doit changer : c’est qu’il doit croire non pas dans les paroles du Christ plutôt que dans les paroles de sa voyante, mais dans les paroles de Freud plutôt que dans les paroles du Christ ! Là, c’est clair ! Et puis, re-belote, une couche de culpabilisation : celui qui se croit possédé et qui fait appel à un autre rituel qu’à celui de Vatican II est non seulement malade, mais exhibitionniste de surcroît : il veut se faire filmer ! Oh, le pervers, non seulement il est malade à cause du fait qu’il n’assume pas sa souffrance, et il ne veut pas guérir en faisant appel aux soins des disciples de Freud, mais de plus il veut se donner en spectacle !)

 

Journaliste : La schizophrénie peut conduire à ce sentiment de possession ?

 

Bellot : Mais bien sûr, c’est même un des classiques, l’hystérie aussi… J’ai déjà vu venir chez moi des gens complètement détériorés, parce que quelqu’un dans leur groupe de prière charismatique en autre, pour quelques uns, on leur a dit « arrête de prendre tes médicaments, si tu croyais, tu serais sauvé » Alors des gens qui avaient été à l’hôpital et qui se retrouvent en HP du coup, à la demande d’un tiers, ce qui est la pire des conditions, tout simplement parce que  quelqu’un leur a dit  les médicaments…Ce n’est pas les médicaments ou la religion, si je suis malade il faut que je me soigne, ça n’empêche pas de prier pour la guérison et la libération. Je ne sais pas pourquoi on réduit toujours, c’est soit les médecins, soit le curé, alors que quelqu’un de SAIN, a souvent besoin des deux, et surtout à partir d’un certain âge.

 

(Ah, encore un épouvantail : l’exercice illégal de la médecine, l’endoctrinement sectaire, et la non-assistance à personne en danger. Mais qui donc demande à l’exorciste de remplacer le médecin ? On lui demande juste de faire ses prières ! Même si « Les exorcistes et envoûteurs ont les pouvoirs auxquels on veut bien croire » (Bellot dans un article de Technikart, voir plus bas), pourquoi n’exerce-t-il pas le pouvoir qu’on lui accorde ? Si la croyance de ceux qui viennent le voir lui confère un réel pouvoir, pourquoi ne l’exerce-t-il pas, puisque c’est un pouvoir bénéfique qu’ils lui attribuent ?

J’ai trouvé ici un article en anglais où quelqu’un lui pose directement cette question. Voici le passage : « Père, pourquoi mettez vous tant de conditions pour accomplir une action qui, après tout, ne va faire de mal à personne et qui plus est, ne coûte rien. Etes-vous prêtre, oui ou non ? »

Il a répondu que l’exorcisme n’est pas un « placebo religieux », et que « nous devons agir uniquement quand c’est vraiment nécessaire ». »

Mais pourquoi ne pas utiliser l’exorcisme, même comme un « placebo religieux » ? On sait que le placebo, même dans le domaine médical pur, fait du bien dans 30 pour cent des cas, en moyenne, quand ce n’est plus ! Alors, quel est le but ? Soulager la souffrance par tous les moyens, ou guérir autrui par des voies acceptables, non-magiques, pour ne pas être taxé d’obscurantisme ? Qu’un médecin ait ce genre de souci, c’est normal, il doit incarner la rationalité, mais qu’un prêtre ait ce genre de scrupules, c’est incompréhensible. Car même le médecin prescrit des placebos à ceux qui sollicitent son aide ! (pour des détails sur l’effet placebo, voir ici : http://www.gyneweb.fr/Sources/congres/aa/ttgyn/ttplaceb.html)

Et puis, quand est-ce que c’est « réellement nécessaire » ? N’est-ce pas réellement nécessaire de soulager une souffrance dès qu’elle se manifeste ? N’est-ce pas là le sens de la charité chrétienne ?

J’ai cherché sur le net pourquoi on pouvait avoir des scrupules à pratiquer l’exorcisme. J’ai trouvé une « explication » ici :

http://www.ephphata.net/diables-et-demons/diables-demons-10.html

Il s’agirait, pour ces néo-prêtres, de « restreindre - voire d'éliminer - l'exorcisme comme « emprunt de magie » et inducteur de manifestations hystériques, donc pathologiques. Le fait de dire : « Je t'exorcise, créature immonde » créerait l'identification du pénitent au démon et l'induirait à jouer la comédie diabolique. Ainsi, « l'exorciste ne ferait qu'alimenter la crise ». C’est l’explication que donne le Père Isidore Froc, exorciste de Rennes, qui d’ailleurs ne croit pas à la réalité de la possession (voir des informations sur cet illustre collègue de Bellot ici : http://www.croire.com/article/index.jsp?docId=143107&rubId=188)

Les néo-exorcistes français ont une drôle de mission : éliminer l’exorcisme ! Mais passons, et répondons à leur argument : selon ces savants qui contredisent deux mille ans de pratique chrétienne, ce serait l’exorcisme qui créerait la possession ! C’est le prêtre qui ferait entrer le diable dans le pénitent, par le rituel même qui est sensé le chasser ! Inouï ! Il induirait le chrétien à jouer « la comédie de la possession » !

Franchement, est-ce que vous trouvez qu’une crise – même si on l’appelle « hystérique » – est une « comédie » ? Est-ce que l’on peut décemment croire que le pénitent veut se faire souffrir – et si l’on croit ce qu’endure le possédé, ces souffrances sont terribles - juste pour se donner en spectacle ? N’est-ce pas un rôle humiliant pour celui qui le joue ? Pourquoi souhaiterait-il donc le « jouer » ? N’est-ce pas plus déraisonnable de croire cela, que de prendre au sérieux la possession ?

Selon le père Froc, « le fait de dire : « Je t'exorcise, créature immonde » créerait l'identification du pénitent au démon ». Mais si l’on regarde le rituel, il y beaucoup plus de formules qui chassent le démon, qui induisent donc une dissociation d’avec le démon, que de formules qui pourraient induire une identification. La formule même, « je t’exorcise, Esprit immonde », ne veut-elle pas dire, « je te chasse, Esprit immonde » ?

Et puis même si c’est une « comédie », qu’importe, si cela fait du bien à celui qui souffre ? Les psychiatres n’organisent-ils pas des psychodrames à but thérapeutique dans les hôpitaux ?

Les arguments de ces néo-exorcistes, dont le but avoué est de détruire l’exorcisme, sont nuls, tant du point de vue chrétien, que du point de vue psychologique qu’ils se targuent d’adopter. Quelque soit le mode de fonctionnement de l’exorcisme, même si c’est un placebo, même si ce pouvoir ne venait que de la croyance que l’on a dans ses vertus, la charité chrétienne veut que l’on essaie de soulager les souffrances par tous les moyens, et tout de suite ! Avec ses précautions, Bêlot me rappelle ces pharisiens qui voulaient interdire au Christ de guérir le jour de Sabbat ! (Matthieu 12 .10)

D’un point de vue psychologique, le raisonnement du père Froc est absolument absurde : si on croit à la puissance suggestive des formules d’exorcisme, on doit justement exorciser, puisque cette suggestion est bénéfique, et non maléfique ! Le rituel ne peut faire du mal en ce sens, puisque tout son objectif est d’induire une dissociation d’avec le malin. Son agencement, sa rhétorique ne peut laisser planer aucun doute là-dessus, qui  pourrait faire adhérer le pénitent au démon, comme le croit le père Froc.)

 

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Reprenons notre commentaire de l’émission de KTO. Le journaliste demande à Bellot de décrire le nouveau rituel. Après le résumé du nouvel exorcisme, que, de toute manière, on l’aura compris, Bellot ne pratique jamais, il a ces mots pour le qualifier : « Simple et de bon goût, et pas torturant ! » Il n’a jamais été question dans l’émission que le rituel fût torturant pour quelqu’un, n’est-ce pas une prière de libération ? S’il y avait quelqu’un de torturé dans l’affaire, c’était seulement … le démon ! Et voilà que notre prêtre se réjouit de ce que le rituel ne soit pas torturant ! Et de bon goût ! S’il vous plaît, on est entre esprits supérieurs, on ne fait plus de « prières d’insultes » au démon ! C’est quoi, c’est un échange de bons procédés ? Je ne t’insulte plus et tu ne baves plus ? On se demande vraiment de quel côté il est, ce père Bêlot

 

Journaliste : Et les effets ?

 

Bellot : « Ben sur le moment, on ne sait pas, (il rit dans sa barbe) généralement le soir quand la personne part elle est plutôt contente…(…) Si la confiance s’établit entre la personne qui vient et le prêtre, là tout peut se passer, mais si la confiance ne s’établit pas, là… le feeling ne se commande pas, le monde spirituel n’est pas un monde mathématique, alors… »

 

(Tiens, voici un élément qui manquait : le transfert psychanalytique. Mais monsieur le curé est exigeant : il ne veut que des transferts positifs, les transferts négatifs, il ne les prend pas. Et comme les transferts positifs ne sont que le fait de personnes bien portantes, il ne risque pas grand-chose, il n’aura que des transferts négatifs, qu’il ne pourra pas traiter parce que ces gens n’ont pas confiance en lui. Et re-belote, c’est encore la faute de celui qui vient le déranger : le feeling ne se commande pas ! Peut-être qu’il ne se commande pas, mais en tout cas, on peut faire des efforts !)

 

(…) Le journaliste lui demande un bilan de ses soins depuis dix ans, mais le Bêlot esquive et il se rabat encore sur Dieu et sur le cheminement, sur le fait qu’il écoute, et il ne peut évaluer ses résultats, bla-bla-bla. Le journaliste se tourne alors vers Fabienne Amyot, auteur du livre Sauvée de l’enfer par l’exorcisme. Le journaliste, par deux fois, change le titre en « Se sauver de l’enfer par exorcisme », mais Fabienne Amyot le corrige. Car en effet tout est là, dans ce détail : pour elle, elle a été sauvée, pour les Bêlots de tout acabit, on « se sauve » soi-même. On le voit à ses lapsus, le journaliste était déjà du côté du prêtre, ils étaient en fait à trois contre Fabienne sur ce plateau. Je la félicite pour le courage et pour son véritable esprit chrétien d’abnégation devant les discours affligeants d’un irresponsable qui devait être pour beaucoup dans sa propre souffrance. Car voici l’accueil qui lui a été réservé par les collègues de Bêlot, vraisemblablement au service des exorcistes du diocèse de Paris, selon la description qu’elle en donne dans son livre témoignage (le personnage d’Esther, c’est elle-même) :

 

« Elle obtient sans problème un rendez-vous pour le mois suivant à l’accueil des exorcistes. Au téléphone, une dame lui explique qu’elle sera d’abord reçue pour un entretien par une religieuse afin de juger s’il est nécessaire qu’elle rencontre un exorciste par la suite. Esther espère beaucoup de ce rendez-vous. (…) Le rendez-vous avec le prêtre est pris trois mois plus tard car les vacances d’été approchent. Esther est contrariée par ce délai mais ne peut que l’accepter. (…) Dès la rentrée, elle se présente au rendez-vous avec le prêtre exorciste. Il la reçoit dans un joli bureau. Il est habillé en civil avec costume et cravate. Cela ne lui facilite pas la tâche. Elle aime les prêtres en soutane avec une grande croix sur la poitrine, elle aime qui ils sont et elle a besoin de ces marques d’appartenance à Jésus. Elle peine à raconter son histoire mais elle le fait, avec l’espérance d’être enfin entendue et aidée. Le prêtre ne dit rien, il écoute. Lorsqu’elle se tait, il lui pose quelques questions : « Avez-vous déjà eu des crises de violence où vous avez manifesté une force exceptionnelle ? 

- Non, jamais ! »

         Esther est sincère, elle n’a jamais vécu quoi que ce soit de semblable.

         « Avez-vous eu des crises épileptiques où vous avez bavé ? »

         -Non, jamais ! »

         Esther ne comprend pas où le prêtre veut en venir.

         « Alors voyons, comment pouvez-vous seulement penser avoir besoin de l’exorcisme ? Vous avec un problème psychologique et rien d’autre. Vous présentez bien, vous êtes bardée de diplômes, comment le Malin pourrait-il s’en prendre à vous ? »

         Esther ne sait que répondre. Elle voudrait qu’il comprenne ce qu’elle vit au quotidien mais le prêtre se focalise sur l’autre aspect de sa vie, qu’elle reconnaît volontiers comme positif. Cela ne saurait occulter le reste. Elle pense en elle-même que, si le prêtre devait vivre sa vie à elle pendant une semaine seulement, il supplierait de recevoir l’exorcisme. Elle se tait, elle a les larmes aux yeux car elle comprend qu’elle ne recevra aucun aide. Il continue : «  Comment pouvez-vous croire que Satan existe ? Le mal existe en tant que souffrance mais Satan n’existe pas en tant que personne. Ce n’est pas un dogme de l’Eglise. C’est une hérésie. D’où sortez-vous cela ? »

         Esther est très mal à l’aise ! Elle n’y connaît rien du tout en théologie, elle ne sait que répondre. Satan n’existe pas ! Comment a-t-elle pu croire qu’il existait ? Si elle est ici, c’est à cause de ce qu’elle a vu lors de la retraite au Canada et après que plusieurs prêtres lui ont confirmé qu’elle avait certainement besoin de l’exorcisme et aussi parce qu’elle ne peut plus faire face aux attaques. Mais cela ne prouve rien ! Elle ne doit surtout plus rien dire à ce prêtre. Il la prendrait pour une folle, ce qui est déjà le cas. Elle lui dit simplement : « Mon père, je suis ici car je souffre effroyablement. Je vous crois lorsque vous me dites que Satan n’existe pas mais je crois aussi que Dieu ne veut pas que je souffre ainsi. Je ne connais pas l’origine de cette souffrance et peu importe mais je suis certaine que Dieu veut me l’enlever et qu’Il le fera. Si ce n’est pas par l’exorcisme, ce sera autrement. C’est seulement cela que je crois !

         - Parce que vous croyez que Dieu peut faire cela pour vous ? Regardez le monde et demandez-vous pourquoi il s’abaisserait pour Esther… »

         Esther est sidérée… ! Elle n’écoute plus, elle réfléchit, elle se dit en elle-même : « Je suis peut-être folle mais ce prêtre vient de toucher à quelque chose  de sacré en moi, à ma foi de petite fille, à ce qui est indéracinable, ce sur quoi je m’appuie depuis toujours. Il ne connaît pas Dieu, il se trompe. Dieu n’est qu’Amour et Dieu veut m’aider ! » (…)

         Les larmes aux yeux, Esther prend sa veste et écourte la conversation. Ce prêtre ne peut rien lui apporter. Elle priera pour lui, elle quitte l’accueil dans une infinie tristesse. Elle a mal parce qu’elle repart à la case de départ après tant de mois de démarches et d’espérance mais surtout parce que les paroles du prêtre lui ont percé le cœur. Elles font du mal au Cœur de Dieu aussi, elle le pense et, dans la rue, elle pleure à chaudes larmes.(…)

         Esther se rend pour la deuxième fois à l’accueil des exorcistes. Elle a dû insister car on ne voulait pas lui donner de rendez-vous, même en se recommandant de l’évêque. Les règles de l’accueil stipulent que l’on n’y revient jamais deux fois !

         Un prêtre qu’elle ne connaît pas la reçoit. Lui aussi est habillé en costume cravate. L’entretien se passe de la même manière que la première fois. Il l’écoute et il lui dit qu’elle se trompe sans prendre le temps de prier pour elle. Il lui dit également que Satan n’existe pas. Cette fois en revanche, il ne lui dit pas que Dieu lui laissera sa souffrance. En cela elle est soulagée. Elle quitte l’accueil, épuisée, usée. Elle se sent seule, abandonnée. » (p.150-158)

        

Si les séances se passent réellement ainsi, ces prêtres sont d’une froideur criminelle ! Même le pire des psychanalystes a plus de tact ! En tant qu’« écoutants spécialisés », ces prêtres devraient donner leur démission illico. De plus, commercialement, ils devraient accorder leurs violons sur l’existence de Satan, ça fait mauvais genre que l’un dise une chose et l’autre son contraire ! Satan existe, c’est un dogme chrétien, c’est dans les Evangiles, et l’Eglise ne peut remettre en question les Evangiles ! Et c’est une personne, ce n’est pas un symbole, une image, une idée. Ceux qui professent le contraire ne sont pas chrétiens. Ils sont tout au plus déistes. De plus, ces néo-prêtres ont l’air d’avoir des critères de possession très « spectaculaires » pour le coup : si l’on ne ressemble pas au monstre du film L’Exorciste, on n’a aucune chance de convaincre le prêtre de nous exorciser ! Pensez donc à conserver des échantillons de bave verte lors de votre prochaine crise, peut-être que vous arriverez à en apitoyer un sur votre sort ! Et surtout n’oubliez pas, Dieu prend de grandes vacances : trois mois d’été ! Impossible à joindre pendant ce temps-là ! Ah, j’oubliais, les prêtres croient à une sorte de gri-gri contre les démons : ce sont les diplômes ! Celui qui a un diplôme ne peut être attaqué par les démons ! C’est le prêtre qui l’a dit ! Donc ceux qui n’ont eu que leur brevet de collèges constituent une population qui risque d’en voir des vertes et de pas mûres ! Mais je me demande s’il ne confond pas le diable avec le…chômage.

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         Quand on connaît le calvaire qu’a enduré Fabienne Amyot, on ne peut qu’admirer son calme pendant l’émission, forcée d’assister aux simagrées du Bêlot, et d’endurer un nouveau rejet de sa souffrance. Après une quarantaine de minutes de sottises, elle a enfin la parole :

 

Fabienne Amyot : (…) Je ne suis pas arrivé directement à l’exorcisme, et si je suis pas arrivée c’est aussi parce que je n’ai trouvé personne. J’ai cherché trois ans. Sinon, trois ans avant, j’étais prête, c’est certain, et quand je l’ai eu j’étais réellement au bout du rouleau.

 

Bellot : (interrompant le journaliste) « On ne peut pas savoir. Ces trois ans ont été une étape de purification qui a fait que le jour où le rituel est arrivé, vous étiez vraiment à point, (avec un sourire déplacé) mûre. » (Il doit bien essayer de justifier l’incompétence, ou la mauvaise volonté de ses acolytes, c’est la solidarité de corps qui parle !)

 

 

F.A., cassante et blessée : « Moi, je ne crois pas en un Dieu qui se réjouit de voir souffrir de telle manière ses enfants. Il a une certaine maturation, c’est évident, mais le problème c’est qu’il n’y pas de possibilité de recevoir l’exorcisme en France, donc forcément vous attendez, c’est comme si les dentistes ne peuvent pas vous recevoir c’est pareil, donc avec une rage de dents… On peut être prêt avant. »

 

Le journaliste : Il ne faut pas être trop impatiente…

 

Fabienne Amyot (maîtrisant sa colère) : Je n’étais pas impatiente, j’étais écrasée. 

 

Bêlot ne réagit pas, « dans les choses de Dieu, il n’y a pas d’urgence » avait-il dit. Or la souffrance nécessite une réponse urgente. C’est qu’elle n’est donc pas une chose de Dieu.

Le reste de l’émission n’apportera rien de nouveau. Bertilie Walkener bafouillera quelques critiques contre le film « L’exorcisme d’Emilie Rose », pour stigmatiser son côté spectaculaire et impressionnant. Je ferais remarquer en passant qu’elle profère deux mensonges patents. Elle dit : « j’ai noté une omniprésence du médicament. Alors en anglais, - j’ai vu le film en anglais - médicament se dit « drug », donc « drogue », donc c’est déjà pour le français une note très précise, c’est-à-dire drogue égal négatif. (…) Le réalisateur emploie expressément le mot « incarnation », ce qui est totalement anti-théologique, le diable ne peut pas s’incarner totalement. » Ces deux affirmations sont fausses. La VO dit explicitement non pas « drug », mais « medecine », c’est comme cela que l’on dit médicament en anglais ! Et d’autre part, le mot employé est bien « possession » et non pas « incarnation ». Mais peut-être qu’elle n’était pas malintentionnée, mais tout simplement sourde.

On l’aura compris, les souffrances sont trop spectaculaires pour être envisagées par les néo-catholiques du diocèse de Paris, que ce soit dans la réalité ou sur un écran. Cachez cette souffrance que je ne saurais voir ! s’écrient ces modernes Tartuffes.

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Si on résume finalement la position de l’Eglise Catholique incarnée par le père Bellot, la doctrine du néo-exorcisme parisien (« Simple et de bon goût et pas du tout torturant ! ») c’est au mieux de la sous-psychanalyse : écoute, cheminement pendant des années, responsabilisation du patient, incapacité d’évaluer les résultats. Il faut que les souffrants s’assument, que les prêtres ne fassent rien de magique, surtout pas de rituel, mais qu’ils envoient les personnes en souffrance se faire écouter ailleurs.

Au pire, le service d’exorcistat peut-être vu comme le Service Après-Vente de l’Eglise Catholique, chargé d’éconduire plus ou moins délicatement les mécontents que l’on accuse de vouloir être à « cent pour cent dans la lumière », alors que tout ce qu’ils mendient, c’est une petite flamme dans les ténèbres. Où est-elle, la charité chrétienne ?

L’exorcisme : l’effrayante vérité. C’est vrai qu’elle est effrayante, mais ce n’est pas celle que je croyais qui l’est le plus. Ce qui est effrayant, c’est de voir que le ministère de Dieu le plus délicat est tombé entre les mains de personnes qui ne prennent pas au sérieux la douleur de celles qui viennent se confier à elles, qui font preuve d’une suffisance et d’une lâcheté criminelle, qui les accablent encore et s’en lavent les mains. Au jugement dernier, devant Jésus, que pourront-ils dire ? Que Lui diront-ils quand Il leur rappellera qu’ils étaient les sentinelles du peuple de Dieu et qu’ils n’ont pas fait leur travail ? « Si la sentinelle voit venir l'épée, et ne sonne pas de la trompette; si le peuple n'est pas averti, et que l'épée vienne enlever à quelqu'un la vie, celui-ci périra à cause de son iniquité, mais je redemanderai son sang à la sentinelle. » (Ezéchiel, 33.6) Le sang de tous ceux qui se seront suicidés parce que l’exorciste ne les aura pas pris au sérieux, c’est à l’exorciste qu’il sera demandé ! Les douleurs de tous ceux qui auraient pu être soulagés par l’exorciste, c’est à lui qu’elles seront reprochées. Et que pourront-ils dire pour leur défense ? Que leur hiérarchie ne leur donnait pas l’autorisation d’exorciser ? Qu’ils obéissaient à des ordres, comme disaient les nazis lors de leur procès ? Mais l’ordre du Christ, c’est de chasser les démons, et c’est un ordre universel, adressé à tous les chrétiens. Quoi de plus normal que nous puissions tous nous battre contre ces assassins, sans aucun mandat, étant donné que nous sommes tous agressés par eux quotidiennement ? Le simple chrétien se bat selon sa foi, mais ceux qui ont de plus un mandat explicite, et ne l’exercent pas, ceux-là auront des comptes à rendre à Celui dont ils se revendiquent.

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Post Scriptum. En cherchant d’autres mots d’esprit du Bêlot de service, je suis tombé par hasard sur l’enregistrement d’une émission d’ARTE, où il s’exprime à nouveau sur le sujet. J’ai retranscrit une partie de ce qu’il dit dans l’extrait disponible en ligne, ici :

 

Bellot : « Je sais par contre que les gens qui viennent voir un prêtre, ce n’est pas pour entendre un discours de psy. Il ne faut pas se tromper, eux, leur demande est claire, là. Et c’est pour ça que moi je ne veux pas bifurquer dans le suivi, parce que le suivi est vraiment de l’ordre de la psychologie, ils ont faits pour ça, et de rester dans le domaine du discernement et du diagnostique, et après, selon ce qu’ils ont, les envoyer se faire suivre… ailleurs. »

(Voilà, c’est dit, l’exorcisme, c’est de la sous-psychanalyse, c’est-à-dire c’est de la psychanalyse sans le suivi. Il l’affirme d’ailleurs explicitement aussi dans un article de Technikart, disponible ici : http://www.technikart.com/article.php3?id_article=678)

 

 Bellot continue : « C’est à chacun de nous, avec la personne en face, de trouver la méthode qui va la libérer le plus. Et pour moi, ça ne peut être la reconduction à l’infini d’un rituel qui est toujours le même, avec des phrases que Satan doit connaître par cœur à la longue, donc je ne vois pas comment ça peut être efficace. »

 

Mon indignation atteint son comble : il ne croit pas du tout à l’efficacité du rituel qu’il est censé pratiquer ! Toutefois, dans la même phrase, il laisse entendre qu’il croit toujours en l’existence de Satan. Mais il semble soucieux de ne pas trop ennuyer cet « esprit supérieur » en lui répétant un rituel qu’il a déjà entendu trop souvent ! Tant de prévenance me laisse muet d’admiration !

Si c’est sa conviction intime à propos du rituel d’exorcisme, quelle est sa conviction à propos des autres rituels ? Pourquoi croire que l’on peut être libéré « avec la reconduction à l’infini d’un rituel qui est toujours le même », avec des phrases que Dieu doit « connaître par cœur à la longue » !!! Que dis-je, pourquoi répéter le Notre Père, Dieu l’a entendu si souvent, et de plus, c’est lui qui l’a composé, il ne peut que s’ennuyer ! Allez, égayons un peu tout ce monde, divertissons un peu les esprits, ils s’ennuient à force de nous entendre dire les mêmes choses !

« Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. » (1 Cor 13.1)

         Dans l’article de Technikart, cité précédemment, il expose sa véritable foi : « L'autre différence fondamentale (avec les psys), c'est que les clients des psys savent qu'ils sont eux mêmes responsables de leurs maux, alors que ceux des exorcistes imputent leurs problèmes à une source extérieure. Par ce biais, en utilisant la médiation de forces extérieures, ils effectuent un premier pas vers la reconnaissance de leur propre souffrance. "Une autre conception des choses (accepter l'existence de l'inconscient, ndlr) serait trop lourde à porter pour les esprits forcément fragiles qui viennent nous trouver", indique l'ecclésiastique. »

         Encore une fois, les gens qui n’assument pas leur malheur, et qui veulent lui trouver d’autres causes qu’eux-mêmes ne sont que des « esprits fragiles ». Je crois aussi qu’il est temps de faire une mise au point sur la psychanalyse et sur le fait d’assumer sa souffrance. Quelqu’un qui souffre, reconnaît sa souffrance, ça me paraît une évidence ! Une souffrance inconnue n’est pas une souffrance. Une souffrance non-reconnue n’existe pas ! Alors de quoi il nous parle ce néo-prêtre ? Quelle personne qui souffre n’a-t-elle pas envie de le baffer ?

 Celui qui souffre veut que cette souffrance cesse, c’est là son seul intérêt, non pas de savoir d’où vient cette souffrance. Trouver sa source est secondaire, et ne l’intéresse que si ça l’aide à guérir. Ce Bêlot ne croit pas dans la possession par Satan, il ne croit pas du tout à la force de nuisance de Satan. En tant que simple citoyen, c’est tout à fait son droit, mais en tant qu’exorciste, c’est aberrant !

Il croit que ceux qui viennent à lui, ont des problèmes qui doivent être traités par la psychiatrie, la psychologie, ou la psychanalyse. Or « la psy » renvoie chacun à son vécu personnel, et culpabilise celui qui souffre de ne pas avoir su réagir « sainement » aux agressions diverses qu’il a subi.

La manière de faire de la psychologie et de la psychanalyse, si l’on comprend la signification de ses présupposés méthodologiques (l’inconscient, etc), c’est d’accabler encore plus la personne souffrante, en lui extorquant d’abord l’aveu qu’elle est seule responsable « psychiquement » de son malheur, même si, bien sûr, on ne va pas jusqu’à absoudre le responsable de son traumatisme, comme par exemple le pédophile qui a abusé d’elle. Tout se passe dans son esprit à elle, disent en coeur  toutes ces thérapies! Elle en est donc responsable !

Souffrir dans son cœur d’un mal-être et rejeter la culpabilité sur le démon, n’est pas la marque d’un esprit irresponsable, arriéré, ni une façon de se dédouaner. Car qui aime proclamer avoir perdu son autonomie, n’être plus maître de ses pensées et de ses sentiments ? Qui aime prétendre être possédé ? Qui ne l’envisage pas avec honte ? Nous sommes tous soucieux de nous montrer libres, autonomes, indépendants. Personne ne préfère se dire possédé au lieu de blâmer l’inconscient ! Mais ce qu’il faut entendre dans ce cri de la personne torturée par le démon, c’est le cri de Joseph vendu par ses frères, le cri de Job torturé par ses propres « amis », le cri de Jésus trahi avec un baiser par son propre disciple : j’aime Dieu, pourquoi me fait-on cela ?

Celui qui accuse le diable de ses malheurs, s’avoue de fait faible, et reconnaît que le diable a eu le dessus par rapport à lui ! C’est un acte d’humilité que de se reconnaître attaqué par une force extérieure. Et dans ce cri humble, celui que le démon a momentanément terrassé, demande que malgré sa faiblesse, on reconnaisse son amour, son aspiration vers le bien.

Le diable n’est pas un bouc émissaire. Un bouc émissaire, c’est un innocent que l’on accable de fautes qu’il n’a pas commises, pour se blanchir soi-même de ses véritables fautes. Le diable est l’esprit source de tout mal, et sans lui, l’homme ne chuterait pas. La faute de Satan, c’est de tenter sans cesse l’homme avec la désobéissance à Dieu, la faute de l’homme c’est de suivre cette tentation. Et Dieu maudit à la fois le serpent et Adam et Eve. Tout le monde en prend pour son grade ! Il n’y a pas de bouc émissaire !

Lorsque l’homme fait le bien, il ne le fait jamais tout seul, il le fait toujours avec Dieu, et lorsque l’homme fait le mal, il ne le fait pas non plus seul, mais toujours avec Satan. Chaque action de l’homme est en fait l’œuvre d’une collaboration. C’est pourquoi l’homme n’est jamais le seul responsable, ni le seul coupable de ce qu’il fait. Il faut rendre grâce à Dieu pour l’accomplissement d’un bon dessein, et il faut accuser Satan lorsque l’on constate l’accomplissement d’un mauvaise action. C’est pourquoi un homme ne doit jamais s’enorgueillir de ses succès, ni s’affliger tout à fait de ses échecs : ils ne sont les siens qu’à moitié !

Accuser Satan d’être la source (non pas le seul coupable) de tout mal devrait éviter d’accuser un homme innocent, ou en tout cas pas plus coupable qu’un autre, d’être la source du mal. Ne pas oublier Satan, et ne pas oublier qu’il est un esprit désincarné, c’est éviter de prendre un homme pour la source de tout mal. Si l’homme oublie que Satan existe, alors l’homme se crée des boucs émissaires ! Et ces boucs émissaires ne sont pas des esprits, mais des êtres humains comme lui, sur lesquels il se défoule, pour le plus grand plaisir de Satan.

On dit toujours que la plus belle ruse du diable, c’est de faire croire qu’il n’existe pas, mais on ne précise jamais pourquoi. Or c’est là la raison : si on oublie qu’il existe, ce n’est pas la tranquillité qui s’installe parmi les hommes, mais le soupçon, et un jour on finit par diaboliser le premier venu, le premier bouc émissaire ! Et les desseins de Satan s’accomplissent alors : il détruit le genre humain.

Si l’on n’exorcise plus, un jour on finit par brûler des femmes. Si l’on n’exorcise plus, un jour on finit par brûler des juifs, ou des bourgeois, ou des nobles, ou des pauvres, ou des riches, ou des intellectuels, ou des athées, ou des religieux, ou des blancs, ou des noirs, ou des protestants, ou des catholiques. Le véritable diable, l’ennemi du genre humain, oublié, chacun se concocte un diable à visage humain selon ses intérêts.

Le diable devrait susciter la haine de tout le genre humain, parce qu’il est l’ennemi de tout le genre humain, quelques soient les différence de classe, de race, de culture, etc. Et c’est parce qu’on oublie si souvent son action, que l’on s’en prend si souvent avec tant de violence à nos frères humains, pour sa plus grande joie. En ce sens il est l’adversaire du Christ, qui a donné sa vie pour tous les hommes.

Ceux qui viennent consulter le Bêlot le savent, c’est pourquoi ils passent outre le fait de ne pas être chrétiens : ils croient encore, eux, quelque soient leur religion, leur culture ou leur diplôme, au message d’amour universel du Christ, et en son signe concret, l’expulsion du démon, l’ennemi de tous les hommes. Dans l’histoire du christianisme, l’exorcisme a joué un rôle important dans la propagation de la foi : les païens que les chrétiens délivraient se convertissaient souvent, une fois délivrés de leurs démons. Mais le Bêlot de Paris voudrait que les gens se convertissent avant qu’il ne les délivre !

A ce propos, un dernier raisonnement fallacieux de son cru : « Parfois, des personnes déduisent l'existence de Dieu en se basant sur l'existence du diable qu'ils jugent indéniable. Le dogme catholique qu'ils veulent faire jouer par le biais de l'exorcisme dit le contraire et pose Dieu comme créateur du diable, et non comme une entité égale. » (article de Technikart)

Ici il fait à nouveau de la sophistique, comme il l’a fait à propos de la souffrance « inimaginable ». Déduire l’existence de Dieu de l’existence du diable, est un raisonnement logique, ce n’est pas un raisonnement sur la création de l’un par rapport à l’autre. Le Bêlot est de mauvaise foi (c’est le cas de le dire !), et accuse les personnes qui font ce raisonnement logique de croire soit que le diable crée Dieu, soit que le diable est une entité de puissance égale (bref, qu’il serait manichéiste). Mais déduire que Dieu existe du fait que le diable existe ne pose nullement le diable comme l’égal de Dieu ! Et de surcroît, celui qui vient voir un exorciste pense forcément que Dieu doit avoir le dessus, sinon il ne viendrait pas le voir !

Dans ce débat, il faut rappeler que l’exorcisme a toujours servi à montrer au monde la puissance que Dieu octroie à ses enfants. Alors qu’Il disait aux malades qu’Il guérissait de ne jamais dévoiler que c’était Lui qui l’avait guéri, Jésus dit aux possédés qu’Il délivre de proclamer publiquement comment ils avaient été libérés.

« Comme il montait dans la barque, celui qui avait été démoniaque lui demanda la permission de rester avec lui. Jésus ne le lui permit pas, mais il lui dit: Va dans ta maison, vers les tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur t'a fait, et comment il a eu pitié de toi. » (Marc, 5.18-9)

Le Bêlot affiche une haine pour l’aspect spectaculaire de l’exorcisme. « Le film de 1973 a fait beaucoup de mal à l'image de l'exorcisme. A chaque diffusion, on subit une recrudescence d'appels téléphoniques. Il faut démystifier notre activité, nos pratiques », se plaint-il dans l’article de Technikart. Mais cet aspect spectaculaire a toujours été important dans la diffusion de la parole du Christ. Les hommes veulent la puissance, sur leur propre vie, sur eux-mêmes, et sur les autres, afin de leur faire du bien. Dieu peut la leur donner. Et cette puissance se manifeste aussi dans l’exorcisme.

Dans cette dénonciation du spectacle, du caractère impressionnant de l’exorcisme, le Bêlot s’en prend en fait à la manifestation glorieuse de la puissance de Dieu sur terre. Il trouve que ce n’est pas « de bon goût ». Mais alors, il se jette vraiment « à travers les desseins de Dieu et de son œuvre de Salut accomplie par le Christ » ! Il ne veut ni que l’on l’exerce, ni que l’on fasse publique l’œuvre de Salut du Christ ! Mais alors, comment défend-il Sa gloire ?

Il fait quoi, au fond, le Bêlot ? Il ne défend pas les hommes contre le démon, il ne soulage pas leur souffrance, il ne veut pas que d’autres le fassent par les moyens prescrits par le Christ, il accuse tous ceux qui le font d’être des escrocs, voire de irresponsables qui mettent en danger la vie d’autrui, il stigmatise tous ceux qui montrent le véritable travail de l’exorciste dans des œuvres de fiction de ne souhaiter que s’enrichir, et il renvoie se faire écouter ailleurs ceux qui ont l’outrecuidance de le déranger.

Il croit quoi, au fond, le Bêlot ? Que tous les maux de l’âme ne relèvent que de la psychiatrie, que « Ne sont vraiment possédés que ceux qui se considèrent comme tels. (…) Les exorcistes et envoûteurs ont les pouvoirs auxquels on veut bien croire. » (Technikart), que le diable n’agit pas, que l’homme n’a pas été créé bon par Dieu, qu’il ne faut pas ennuyer Satan avec des prières surannées, que la souffrance d’autrui est littéralement « inimaginable », qu’il faut abandonner toutes ces mauvaises idées sur le mal, qu’il faut s’en remettre à Freud, que ceux qui persistent à se croire possédés sont des exhibitionnistes pervers et irresponsables, qui « en rajoutent » ; que si l’on n’arrive pas à se débarrasser de la souffrance, c’est parce que « le cheminement appartient à Dieu ».

Il désire quoi, au fond, le Bêlot ? Que l’on arrête d’aspirer à être « dans la lumière à cent pour cent », que l’on arrête d’accuser ce pauvre diable de tous nos maux, que l’on arrête de lutter par tous les moyens pour ne plus souffrir, que l’on arrête surtout d’en parler et de le montrer, car c’est « inimaginable », que l’on se raisonne et que l’on fasse des études, que l’on ne place plus aucun espoir dans les ministres du Christ pour qu’ils nous soulagent de nos maux.

Cet homme n’a aucune charité. Qui peut croire encore qu’il est chrétien ? Ce qu’il prêche et ce qu’il fait détruit l’espérance chrétienne. L’évêque de Langres a bien raison : « il existe aussi des misères spirituelles » : par exemple, celles de l’Eglise Catholique française actuelle, qui se soucie plus de l’opinion des rationalistes athées, que du bien-être des croyants dont elle a la charge! Ces néo-prêtres craignent plus les ricanements pitoyables des mécréants bornés que la colère de Dieu ! Ils redoutent plus pour leur image, que pour leur âme ! Ils ont plus peur de paraître has been, vieux jeu, et uncool, que de ne pas faire leur travail correctement. Avec un tel courage, c’est vrai, comment pourraient-ils affronter Satan ? Si même l’ironie d’un premier venu les fait trembler, que ferait-il devant le prince du sarcasme et de la médisance ?

L’Eglise moderne a l’air de se soucier plus de plaire au monde rationaliste que de plaire à Jésus. Elle demande presque pardon d’y croire encore. « Ça doit être un traumatisme d’enfance, ils ont développé un Trouble Obsessionnel Compulsif », disent en cœur les athées miséricordieux. Mais il y encore des hommes qui chantent "placebo domino in regione vivorum " (« Je plairai à Dieu sur la terre des vivants », Psaume 116.9).

 

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le père Isidore Froc

 

l'effet placebo

 

les lois de Pareto